Par la rédaction voixdafrique224.com — Publié le 24 juillet 2026
La douleur d’un parent qui perd la trace de sa progéniture possède cette terrible singularité de ne jamais s’éteindre. À Conakry comme dans les zones reculées de la Guinée, l’angoisse quotidienne de milliers de familles s’incarne aujourd’hui dans le visage et les larmes de Fodé Moussa. Depuis plus d’un an, cet homme traverse inlassablement la frontière pour se rendre à Makeni, dans le nord de la Sierra Leone, guidé par une seule obsession : retrouver sa fille de 18 ans et son fils de 22 ans, aspirés par un impitoyable réseau de trafic d’êtres humains.
Tout a commencé par une promesse trompeuse, un mirage savamment orchestré par des rabatteurs se réclamant de prétendus programmes d’insertion ou d’agences de voyage internationales, à l’instar des structures frauduleuses liées au nom de « Qnet ». En leur faisant miroiter des opportunités dorées vers le Canada ou l’Amérique du Sud, ces réseaux criminels ont convaincu les deux jeunes gens de quitter leur foyer. Rapidement coupés de tout contact, ils ont basculé dans la clandestinité et la séquestration.
Arrivé sur place au péril de sa vie, Fodé Moussa se heurte à un mur de silence et à l’opacité de camps retranchés où transitent de nombreux jeunes Guinéens, Ivoiriens et Maliens. Son regard hanté par la peur et la fatigue traduit l’immense détresse d’un père brisé par l’attente :

« J’ai le cœur brisé, n’arrête pas de pleurer. Quand vous croisez mon regard, vous voyez ma souffrance. Je ne les ai pas revus depuis le début de l’année dernière. »
« Ils ont fait passer clandestinement des Guinéens à Makeni. Comme d’habitude, on a besoin d’aide pour les localiser… C’est une escroquerie à grande échelle orchestrée par des criminels sans foi ni loi. » Témoignage d’un enquêteur d’Interpol à Conakry et Makeni

Au-delà de ce cas déchirant, l’enquête menée conjointement par les autorités et les services d’Interpol met en lumière l’ampleur systémique de ce trafic. Makeni est devenue une plaque tournante majeure où des filières criminelles exploitent la vulnérabilité de la jeunesse ouest-africaine. Le mode opératoire est redoutable : après un premier contact, les victimes ou leurs familles sont sommées de verser des sommes astronomiques — parfois supérieures à 25 000 dollars — sous prétexte de valider des formalités migratoires fictives. Une fois l’argent extorqué, les jeunes sont contraints sous la menace de devenir eux-mêmes des instruments du réseau en recrutant d’autres proies.
Face à ce fléau, le Département des Enquêtes Criminelles (CID) et les forces de l’ordre sierra-léonaises ont intensifié les descentes, menant plus d’une vingtaine d’opérations d’envergure au cours des derniers mois et secourant plus d’une centaine de victimes. Pourtant, les structures mafieuses continuent de prospérer en adaptant leurs façades.

Le combat de Fodé Moussa dépasse désormais la sphère strictement intime : il constitue un cri d’alarme solennel adressé à toute la sous-région. Face aux marchands d’illusions qui exploitent le désespoir économique pour bâtir leurs fortunes criminelles, la vigilance des familles et la coopération policière transfrontalière restent les ultimes remparts pour épargner à d’autres parents le calvaire de l’incertitude.
Doumbouya Ibrahima Sory





















