Le président sierra-léonais Julius Maada Bio a exhorté le Parlement, le dimanche 9 août 2026, à adopter une réforme électorale controversée avant l’échéance de 2028.
Le projet de loi en discussion soulève de profonds désaccords à travers trois mesures principales. Il prévoit d’abaisser le seuil de victoire à l’élection présidentielle, le ramenant de 55% à 50% des voix plus une. Le texte introduit également un scrutin proportionnel pour les élections législatives, tandis qu’une troisième disposition réserve 30% des postes de direction politique aux femmes. Lors d’une adresse télévisée, le chef de l’État a défendu une initiative issue d’années de consultation, appelant les parlementaires à privilégier l’intérêt général.
Face à cette proposition, le Parti du Congrès de tout le peuple, principale formation d’opposition, maintient son opposition ferme et exige le maintien du seuil actuel à 55%. Ses partisans estiment qu’un pourcentage élevé contraint les candidats à rechercher un consensus national plus vaste et craignent qu’un abaissement ne favorise des victoires aux soutiens fragmentés. Les discussions parlementaires durent depuis plusieurs semaines, marquées par le rejet préalable d’une disposition qui visait à exclure les candidats indépendants de la course présidentielle.
Cette tentative de réorganisation institutionnelle s’inscrit dans un contexte électoral fragile pour un pays marqué par les séquelles de sa guerre civile (1991-2002) et par des scrutins contestés en 2018 et 2023. La réforme s’appuie sur les recommandations d’un comité tripartite formé après les dernières élections et répond aux attentes de la société civile. Les observateurs internationaux soulignent toutefois la complexité de cet exercice de reconstruction démocratique en Afrique de l’Ouest.
Pour dissiper les craintes, Julius Maada Bio a formellement écarté en juillet toute volonté de briguer un troisième mandat grâce à cette révision, qualifiant ces soupçons de spéculations infondées. Les clauses dites « enracinées » du texte devront obligatoirement être soumises à un référendum populaire, tandis que les aspects techniques relèveront de la seule compétence du Parlement. Si elles sont validées, ces nouvelles règles régiront l’élection présidentielle de 2028.
Ce débat illustre les hésitations récurrentes des démocraties du continent face aux modes de scrutin. Alors que certains pays optent pour des seuils bas associés à des exigences de répartition géographique, et que la Sierra Leone renoue avec une proportionnelle qu’elle pratiquait avant 2002, la question demeure entière : cette réforme consolidera-t-elle les institutions du pays ou répond-elle principalement à des stratégies politiques ?
Alhassan Doumbouya depuis Sierra Leone pour VoixDAfrique224.com





















