La douleur a parfois un visage que les spectateurs de la tragédie refusent de regarder en face. À Dar-es-Salaam, au milieu des décombres fumants et des vies réduites en poussière, les pleurs de Dame Kalo n’ont pas seulement exprimé le désespoir : ils ont charrié l’horreur absolue de voir s’évanouir toute une lignée. En criant qu’elle avait perdu quatre à cinq membres de sa famille, elle s’est heurtée au mur glacial de l’incrédulité publique. Traitée d’arnaqueuse et de menteuse par ceux qui propageaient de fausses rumeurs sur son compte, elle a dû, en plus du deuil, porter l’opprobre de la suspicion.
Ce cri étouffé résonne avec une gravité poignante en ce vendredi 4 septembre 2026, jour de recueillement national où la terre s’est refermée sur 36 victimes, dont 17 ressortissants sierra-léonais, inhumés dans une même douleur.
Établie de longue date ici en Guinée, elle n’a jamais cherché à mentir ni à jouer avec le malheur pour de l’argent. Elle livre elle-même sa vérité avec toute la force de sa meurtrissure :

« Ce qu’on raconte sur moi est totalement faux. Je ne suis pas une menteuse et je ne me permettrais jamais de simuler un tel drame pour de l’argent. Ceux qui me traitent d’arnaqueuse ne savent pas ce que j’ai enduré. J’ai perdu quatre à cinq membres de ma famille dans cet incendie. Vivant ici en Guinée depuis longtemps, j’ai une dignité à préserver ; je ne peux pas me rabaisser à mentir sur des morts aussi proches, sur le sang de ma propre famille, juste pour profiter d’une situation. Ma douleur est réelle, mes larmes sont vraies, et je ne laisserai personne salir la mémoire des miens avec des mensonges. »
Il faut une cruauté singulière pour exiger des comptes à une rescapée au lendemain du chaos. Alors qu’elle venait de tout perdre — et par-dessus tout, les siens —, Dame Kalo a subi une double peine : le verdict expéditif d’une foule prompte à l’accuser d’imposture. Parce que la perte était totale, inouïe, certains ont choisi de la réduire au rang de profiteuse. Un lynchage moral qui illustre combien la rumeur sait se montrer impitoyable avec ceux qui n’ont plus que leurs larmes pour seuls témoins.
En brisant le silence, Dame Kalo remet les choses au point face à ceux qui prétendaient savoir à sa place. Sa version des faits démonte l’absurdité des accusations portées contre elle. Chaque mot qu’elle pose aujourd’hui est un acte de résistance contre la calomnie, une main tendue vers la vérité face à ceux qui préféraient douter plutôt que de regarder l’abîme en face.
Aujourd’hui, tandis que trente-six cercueils ont rejoint leur dernière demeure, le témoignage direct de Dame Kalo prend une dimension universelle. Il rappelle que la pire des violences après le feu, c’est l’indifférence et le soupçon jetés au visage des survivants. En rétablissant sa vérité, c’est toute la dignité de ce drame que l’on honore, veillant à ce que ni les défunts ni les survivants ne soient une seconde fois assassinés par le mensonge et l’oubli.
Doumbouya Ibrahima Sory, pour VoixDAfrique224.com 610 62 65 59






















