Freetown, 5 mai 2026– L’annonce a fait l’effet d’une bombe. Entre 35 et 40 tonnes de cocaïne saisies sur un navire marchand lié au port de Freetown. Depuis, les spéculations vont bon train sur les réseaux sociaux, accusant la Sierra Leone d’être une plaque tournante de la drogue. Une conclusion hâtive, nuancent les spécialistes du crime organisé.

La quasi-totalité de la cocaïne mondiale est produite dans trois pays d’Amérique du Sud : la Colombie, le Pérou et la Bolivie. L’objectif final des trafiquants : l’Europe, où la demande explose et où le gramme atteint des prix records sur le marché noir. Pourquoi alors transiter par des pays comme la Sierra Leone ? D’abord pour une raison géographique. La façade atlantique ouest-africaine se situe à mi-chemin entre l’Amérique du Sud et l’Europe. Elle offre aux réseaux criminels un corridor maritime direct. Ensuite, l’explosion du trafic commercial et la taille des ports comme Freetown, Conakry ou Tema permettent de « noyer » les cargaisons illicites dans le flux légal de marchandises.

le port de départ n’est jamais la preuve de l’origine. Pour échapper aux contrôles, les cartels multiplient les transbordements en haute mer, les escales et les faux documents douaniers. Une cargaison peut être chargée au large du Brésil, transférée sur un autre navire au large du Cap-Vert, puis intégrée à un cargo parti légalement de Freetown. Objectif : rendre l’enquête quasi impossible et retarder l’identification du véritable donneur d’ordre. Les réseaux profitent aussi des failles structurelles : systèmes de surveillance portuaire limités, corruption, sociétés-écrans pour masquer les vrais propriétaires des navires. Dans certains cas, l’équipage lui-même ignore la nature exacte des conteneurs transportés. Pour la Guardia Civil espagnole, cette saisie record démontre le niveau de sophistication atteint par le narcotrafic international. Elle explique aussi la prudence des autorités : un navire parti de Freetown ne fait pas automatiquement de la Sierra Leone le pays source. Cette affaire devrait accroître la pression sur les gouvernements de la sous-région. Le renforcement de la sécurité portuaire, l’amélioration de la surveillance maritime et une coopération accrue avec les agences internationales comme Interpol ou l’ONUDC apparaissent désormais comme des urgences.
Depuis Sierra Leone, Alhassan Doumbouya

















