Dans une interview accordée à notre rédaction ce mercredi 19 août 2026, M. Abdourahamane Kaba, ancien président du FC Séquence, nous a décortiqué la situation alarmante du football guinéen. La discipline fait face à une nouvelle crise institutionnelle au sein de la Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot) après la dissolution de Bouba Sampil à la tête de l’institution, fragilisée par une vague de démissions au sein de son comité exécutif.
Interview : Aujourd’hui, comment voyez-vous l’évolution de notre football depuis l’arrivée des nouvelles autorités ?
C’est déplorable ce que nous vivons. Au niveau de l’instance dirigeante de notre football, il y a toujours des problèmes. Auparavant, il y a eu beaucoup de tracasseries avant même l’élection du président de la Fédération Guinéenne de Football. Après quelque temps, l’un de ses adjoints a pris les rênes du football guinéen, mais peu après, on apprend que tout cela est encore dissous. C’est vraiment regrettable.
Je crois que chacun doit se mettre au-dessus des rancunes et des rancœurs, au profit du pays. Une discipline sportive ne peut pas être gérée tant que nous restons dans des querelles personnelles. Le sport est fait pour procurer du plaisir et rendre les gens heureux. Le fair-play ne doit pas exister seulement sur le terrain ; il doit aussi prévaloir entre les dirigeants du football, ce qui manque cruellement chez nous.
On ne pardonne rien. On doit pourtant savoir se mettre au-dessus de la mêlée et faire le choix du pays, le choix de la patrie. Si chacun privilégie la nation, je crois que le football aura enfin de bons dirigeants.
Interview : Un mot sur le nouveau président depuis le départ de Bouba Sampil ? Quel est votre regard là-dessus ?
C’est ce que je disais : on ne peut pas attribuer de qualificatifs particuliers parce que les acteurs ne sont pas clairs entre eux. Il y a trop de rancœur. Je ne dis pas que tel ou tel a raison, mais tant qu’on n’aura pas une mentalité saine pour diriger notre football, cela ne pourra pas marcher.
Interview : Un message à l’endroit des jeunes talents guinéens évoluant dans le secteur informel ?

Ce que je veux leur dire, c’est d’avoir un mental très fort. C’est le mental qui manque aux joueurs guinéens, ce n’est pas le talent.
Le talent est naturel chez nous. J’ai moi-même entendu des Ivoiriens et des Sénégalais dire que les Guinéens jouent un football à la brésilienne. Mais quelle que soit ta compétence ou ton talent, si ton mental est insuffisant, tu ne peux pas avancer. Prenez le cas des Camerounais : c’est leur force mentale qui fait la différence, que ce soit pour le football masculin ou féminin. Regardez leurs féminines : elles ont été repêchées, mais ce sont elles qui l’ont emporté grâce au mental. Elles avaient cette hargne, cet esprit de revanche : « On n’a pas été qualifiées, on a été repêchées comme complément, mais on va prouver qu’on n’est pas là pour faire de la figuration. » Tant qu’on n’aura pas cet esprit de combativité au sein de notre équipe nationale, ça ne marchera pas.
Interview : Votre mot de la fin ?
Mon mot de la fin est d’encourager les autorités guinéennes pour les dispositions prises afin que les Guinéens rejouent à domicile.
Nous en avons besoin. On ne peut pas en vouloir à nos joueurs d’aller jouer leurs matchs à domicile à l’étranger et de perdre ; cela finit par casser le moral. Cette initiative va certainement rehausser leur moral et c’est une excellente chose. La Sierra Leone ou le Liberia pourront désormais venir jouer chez nous. Et pourquoi pas les Ivoiriens ? Car il y a aussi la dimension du « football touristique ». Quand vous voyez Paris jouer au Qatar ou Barcelone en Arabie Saoudite, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas de stades chez eux. C’est cela, le football touristique.
Nous aussi, nous voulons y prendre part. Lorsque nos stades nationaux seront prêts à répondre aux critères de la FIFA, nous bénéficierons de ce football touristique qui apportera une nouvelle ère à notre football.
Alass Sylla





















